La préparation
Un voyage de ce calibre exige une préparation minutieuse et un planning détaillé. Plus de trois mois furent nécessaires à Domien et Josette pour introduire leurs demandes de visa pour six pays, arranger les invitations pour la Fédération Russe, réserver les hôtels au Turkménistan et obtenir un livret de péages pour l'Iran. Le travail de préparation avait été réparti entre trois couples car Domien et Josette ne sont pas lancés seuls dans cette aventure. Outre leur Defender, leur mini convoi comptait une Peugeot avec caravane et un camping-car Fiat Ducato flambant neuf, qui se verront tous deux contraints de renoncer en cours de route et de rentrer en Belgique...
Grèce
"En une seule longue étape, entrecoupée d'une courte pause de repos sur un parking, nous atteignons le camping 'Fusina', a proximité de Venise. Tout comme Marco Polo, nous démarrons notre voyage au Palais des Doges. Le lendemain, nous embarquons à bord du ferry-boat de 'Minoan Lines', qui nous achemine en un peu moins de vingt-quatre heures jusqu'à Igoumenitsa, en Grèce. Le camping 'Kalami Beach' constitue notre halte à notre arrivée. Après le froid et la neige des chaînes de montagne du nord, nous rejoignons les cloîtres de Météore via le Katarapas. Nous n'avons pas le temps pour une visite car nous voulons progresser le plus loin à l'est possible. Notre itinéraire nous mène vers Thessaloniki et Alexandroúpolis, la dernière halte avant l'entrée en Turquie. Istanbul et l'Asie nous tendent les bras!"
Turquie
"Le passage de la frontière entre la Grèce et la Turquie est assez fluide. En tant que citoyens européens, les Grecs nous permettent de quitter le pays sans problème. Au milieu du pont enjambant la rivière frontalière Evros, les militaires grecs et turcs se font néanmoins face, armés de baïonnettes. Du coté turc, nous sommes contraints de payer dix euros par personne pour une vignette faisant office de visa. Nos véhicules sont à peine contrôlés alors qu'ils sont tous trois lourdement chargés. Les Turcs ne perdent apparemment pas de vue leur prochaine adhésion à l'UE! Nous cheminons encore jusqu'à Tekirdag, au bord de la Mer de Marmara, où nous passons la nuit."
"Nous ne nous arrêtons pas à Istanbul, que nous avons déjà visité à maintes reprises. Nous empruntons le gigantesque pont du Bosphore afin de pénétrer dans la partie asiatique de la Turquie. Nous demeurons sur l'E80 très fréquentée jusqu'à Gerede. La neige commence à tomber en début de soirée et la nuit s'avère glaciale."
"Le lendemain, nous nous efforçons de combler un peu le retard pris sur le planning. Nous renonçons à visiter plusieurs superbes curiosités comme Amasya et nous cheminons le long des briqueteries d'Erbaa, s'étendant sur des kilomètres, traversant également quelques cols élevés jusqu'à Resadye, où nous campons à proximité d'une station-service. Le lendemain, nous restons en altitude dans les montages et nous traversons Erzincan, la ville historique d'Erzerum et Eleskirt jusqu'à Agri, située au bord de la rivière de montagne sauvage Murat. Nous campons une fois de plus près d'une station-service moderne équipée d'un restaurant, où nous prenons notre repas du soir. Nous ne sommes désormais plus qu'à une centaine de kilomètres de Doğubeyazıt, la dernière ville turque avant la frontière iranienne."
Iran
"A l''Hotel Simer', juste en dehors de Doğubeyazıt, nous avons rendez-vous avec Hossein Ravanyar. Ce sympathique Kurde originaire de Tabriz, que nous avons rencontré il y a quelques années, se chargera de régler notre passage à la frontière Turquie/Iran. Nous passons la nuit ici afin de nous reposer et de discuter, mais aussi de visiter le palais entièrement restauré d'İshak Paşa. Les deux pics du Mont Ararat, aux sommets enneigés, veillent sur nous. D'après la Bible, c'est ici que l'arche de Noé se serait échouée après le déluge."
"Jusqu'à présent, les chemins non-asphaltés se sont montrés rares. La plupart des routes étaient bonnes, parfois même entrecoupées d'un tronçon d'autoroute. Ce qui n'est pas pour nous déplaire car nous recherchons avant tout une aventure culturelle, à la découverte de l'histoire des régions que nous traversons mais aussi des populations locales, que nous rencontrons volontiers. Au Kurdistan, les enfants nous bombardent de pierres, comme quelques années auparavant. Nous nous trouvons en effet dans une zone frontalière soumise à une surveillance militaire étroite, entraînant la frustration de la population kurde. Il n'en reste pas moins que cette région nous permet de quitter temporairement les chemins asphaltés."
"Aujourd'hui, nous nous levons tôt car une tâche d'envergure nous attend: le passage de la frontière entre la Turquie et l'Iran, pour lequel l'aide de notre ami Hossein se révèle précieuse. Comme il y a un décalage horaire d'une heure et demie entre les deux pays, nous sommes contraints de quitter la couette dès cinq heures. Hossein s'occupera en outre de régler le problème du livret de péages pour le Fiat Ducato. Il était moins intéressant de l'acquérir en Belgique en raison de la garantie bancaire élevée exigée pour ce camping-car quasiment neuf."
"Au niveau de la frontière, des files de camion de plusieurs kilomètres avancent au pas, mais de nombreuses voitures se massent également pour atteindre le grand portail métallique donnant accès aux bureaux de douane. Bref, nous sommes face à un véritable entonnoir occasionnant çà et là un peu de tôle froissée. Quelques pots-de-vin et l'aide d'Hossein nous facilitent quelque peu l'accès au long calvaire des formalités frontalières. Entre-temps, nous nous efforçons de nous familiariser avec deux barrières majeures: la langue et l'écriture. Pour les femmes, vient encore s'ajouter la tenue. Dès à présent, leur corps doit être entièrement couvert jusqu'aux chevilles et aux poignets et elles doivent porter un foulard, de préférence noir."
"Ce n'est que vers 14h que nous franchissons le dernier obstacle et que nous prenons la direction de Tabriz, la première grande ville après la frontière. Notre 'point d'ancrage' ici est le camping 'El Goli', tout proche du parc d'attractions éponyme situé en périphérie de la ville. Au départ de Tabriz, nous faisons une excursion d'une journée à Kendovan, un petit village de montagne composé de maisons troglodytes, comme en Cappadoce. Sur le chemin du retour, nous faisons halte dans un jardin de thé où les visiteurs peuvent savourer un excellent thé mais aussi une pipe à eau."
"Après notre pause à Tabriz, nous espérons rejoindre la Mer Caspienne en une journée. Notre objectif est Bandar-e Anzali. Notre intention est de traverser en diagonale le Tãles, un contrefort de la chaîne de l'Elbourz. Ces chaînes de montagne ferment la côte méridionale de la Mer Caspienne. Pour éviter les mauvaises routes, la Peugeot et le Fiat choisissent un autre itinéraire. Et cela s'avère un choix judicieux car il n'est pas évident de 'couper' une chaîne de montagne surtout lorsque les routes de la carte ne correspondent pas toujours avec les routes que nous foulons. Notre GPS nous indique heureusement la direction et mémorise le chemin parcouru. En cas de besoin, nous pouvons toujours revenir à notre point de départ. De nombreuses routes s'achèvent dans des villages, ce qui nous fait perdre des heures à la recherche d'un passage. Montrer notre carte routière aux habitants n'est pas d'un grand secours car la plupart n'a jamais rien vu de tel. Toutes nos cartes sont en outre annotées en alphabet latin, illisible pour le Perse moyen. Finalement, le crépuscule commence à poindre lorsque nous amorçons la descente vers la Mer Caspienne. Des troupeaux de bétail paissent au milieu de la route et nous contraignent à réduire l'allure dans les virages en épingle à cheveux. Nous rejoignons la côte à Asalem et de là, il nous reste encore une heure jusqu'au parking de l'hôtel 'Sefid Kenar', où nous retrouvons les véhicules de nos compagnons de voyage. Nous louons une chambre pour quelques jours, dont nous partageons la salle de bain à six."
"Bandar-e Anzali est une ville portuaire importante bordant la Mer Caspienne. La ville est très vivante et s'articule autour de rues commerçantes animées et de marchés. Sur les quais sont amarrés de nombreux bateaux, essentiellement russes. Nous offrons à notre Defender un graissage bien mérité. Le garagiste manifeste une prédilection pour les dollars, malgré la présence de nombreux slogans anti-américains dans la ville. La visite de la lagune en bateau à moteur est absolument incontournable, précédée naturellement d'un marchandage en règle pour le prix. Cette lagune aux eaux saumâtres est un véritable paradis pour les oiseaux aquatiques et sans un guide expérimenté, il serait très facile de s'égarer parmi les roseaux et les plantes aquatiques luxuriantes."
"L'étape suivante nous conduit à Sari. Nous suivons le littoral, passant à intervalles réguliers des postes de police où nos passeports sont contrôlés. Pour 52 dollars, nous trouvons une chambre avec douche et petit déjeuner. Au poste de police d'Azad Sharh, il manque un passeport au couple en Peugeot. Voyager sans passeport est absolument impossible dans la région. Le problème ne peut être résolu qu'à l'ambassade de Belgique à Téhéran, ce qui signifie un détour de 800 kilomètres. Nous n'arriverions jamais à temps au prochain poste frontière à franchir avant l'expiration de nos visas. Conséquence: le voyage s'arrête là pour la Peugeot. Le Defender et le Ducato poursuivent l'itinéraire fixé."
"Nous prenons la direction de Shirvan via Bojnurd mais le Ducato perd son pot d'échappement sur le chemin. Les routes de montagne de la chaîne Kuh e Aladag ne sont pas en très bon état. Nous dénichons une chambre propre pour 30 dollars, décidant de nous accorder une pause après tous les problèmes rencontrés. Nous en profitons pour faire réparer dans un garage une fuite d'huile au niveau de la roue arrière gauche. On ne trouve pas ici de pièces Land Rover d'origine, ce genre de problème se résout donc avec une sorte de silicone."
"Aujourd'hui, notre but est d'atteindre et de visiter Mashad, car il s'agit de l'une des principales villes saintes de la tradition musulmane. La ville est un véritable chantier d'écoles coraniques et de mosquées. Un jeune étudiant pakistanais, parlant très bien anglais, nous guide le long de places et mausolées abritant divers reliquaires. Nous lui offrons un peu d'argent pour sa peine."
Dans le prochain numéro, Josette et Domien traversent la frontière vers le Turkménistan et reçoivent la compagnie d'Oleg, leur guide 'imposé'.













































